Atelier Transversalites : croisement de pratiques entre domaines culturels

Arts & Espace(s) de vie(s)

Ce sont des lieux sensibles en matière culturelle et partagent en ce sens des enjeux communs : de création, de médiation, de patrimoine, d’information et de communication. Transformer nos rapports aux espaces touche ou questionne les pratiques, aussi bien que les communautés et les identités culturelles des personnes : leurs projets et histoires de vies.

Sur le terrain ou dans la dynamique d’un projet, souvent des tissages se réalisent avec les « habitants » mais aussi avec des partenaires, des institutions (culturelles ou non), de manière conventionnelle ou bien de manière informelle. Ceci étant, comment se coordonnent les compétences : culturelles, sociales, environnementales, et entre artistes, architectes, archéologues, paysagistes, etc.. ?

De la médiation des publics, au dialogue entre acteurs, quelles sont les interfaces proposées pour se rencontrer, travailler ensemble et articuler les échanges ? La façon de relier ces différents domaines semble en effet loin de s’imposer comme des pré-requis évidents, mais plutôt devoir « se construire » à chaque fois selon les contextes et les situations.

Que se passe-t-il en particulier, lorsque le geste ou l’approche artistique se placent au coeur - et comme lieu d’interaction - dans ce type de projet et d’expérience ? Qu’est-ce qui change dans la façon de percevoir-créer-dialoguer-transformer (avec) un lieu de vie ? Peut-on dire du "contrat artistique" qu’il ouvre un autre "cadre de partage" ?
Dans ce contexte quelles autres valeurs prennent alors les notions d’histoire et de récit ? Et comment les mettre en œuvre – les redonner « à voir » ?
Cet atelier fait la part belle à la rencontre et aux discussions à partir de projets in situ qui développent des approches "libres" ou singulières sur la façon d’envisager ces « rapports au territoire ».

Si on se questionne sur le lien social installé par la création, à qui revient l’initiative ?

  • Créateurs avec les habitants qui construisent en fonction d’un lieu/ d’un espace local - En cohérence avec les us et coutumes / la pratique culturelle - Notion de collaboration / travail collaboratif
  • A l’initiative des créateurs suivant un projet défini/ un réceptacle de lien social - Où la vie culturelle marque la création de son empreinte - Modèle participatif

Sommes-nous majoritairement dans un modèle descendant de la culture ? Ou sommes-nous en pleine mutation des projets créatifs (mêlant les disciplines) où les publics sont décisionnaires du projet et non de l’œuvre ?

Conclusion en forme de questionnement

A l’instar de l’économie sociale, certains marqueurs la constituant font du bénéficiaire de la richesse son propre producteur et donc inversement. Le comment du pourquoi…

Transversalité arts-culture-tourisme-espaces de vies / étude de cas

Le contexte de l’abbaye de Corbigny en Bourgogne - Texte proposé par Agnès Houart

Dans la société d’aujourd’hui : de l’éclatement, de l’isolement, de l’agrégat d’individus dans plus rien qui les relie, la transversalité peut être vertueuse, c’est-à-dire, pensée comme outil de résistance. En milieu rural, la transversalité est nécessaire. Parfois, elle aussi, plus simplement, le résultat d’un non-choix, l’ultra-polyvalence due à l’absence de moyens.

Comme le dit si bien Yannick Jaulin : « la salle des fêtes qui sert à tout qui sert à rien », est souvent une institution des bourgs ruraux ! L’Abbaye de Corbigny pourrait être quelque chose comme ça. Alors comment faire d’une contrainte une chance ?

Les élus du territoire souhaiteraient développer l’attrait touristique de l’abbaye, parce que le tourisme, quand il reste dans des proportions raisonnables, est un atout économique.

Pour les restaurateurs, les hôteliers, les commerces, les propriétaires de gites et chambres d’hôtes. Corbigny, c’est une petite ville de 1580 habitants, la future communauté de communes regroupe 3 actuelles communautés de communes, avec 10.028 habitants, Corbigny sera toujours le bourg le plus important de cet ensemble – 760,32 km2 de superficie soit 13,4 habitants au km2. (98,8 hab au km2 pour la France)

L’abbaye c’est un patrimoine classé, mais c’est aussi un lieu de vie, utilisé au quotidien : par l’école de musique et de danse, par l’harmonie municipale, par le club de claquettes, de club de gym d’entretien, par les écoles qui sont sur le même périmètre, (par exemple il y a la brocante des parents d’élèves qui se fait dans les couloirs) - à l’étage il y a la salle des fêtes, avec les assemblées générales, les mariages, les anniversaires et autres bal des pompiers, dans les caves et sous-sol il y a un terrain de pétanque … et puis il y a le spectacle vivant, avec les bureaux de 3 compagnies, un studio de danse : lieu de création, de répétition, de diffusion, et un immense travail à réaliser sur le territoire de médiation et d’actions culturelles, pour aller à rencontre de ceux qui ne se déplacent pas, ou plus, et de ceux qui sont opposés à la culture – qui coûte trop.

L’abbaye ce sont aussi des œuvres plastiques in situ : une de Krijn de Koning, une de Lawrence Weiner, une autre de Vincent Mauger, et des expositions temporaires dans une grande salle du rez-de-chaussée. Il y aussi un festival de musique classique en aout, géré par une association, qui se passe dans la cour en extérieur.
Pour s’occuper de cet ensemble il y a une directrice, moi, et une autre personne qui est mise à disposition du festival à mi-temps, et un temps plein d’agent d’entretien.

Pas de régisseur, pas de personnel d’accueil. Le budget global de fonctionnement est de 220.000€.
Les enquêtes réalisées à l’échelle internationale montrent qu’environ un tiers des déplacements touristiques ont comme motif principal la culture. Cf « lieux culturels et valorisation du territoire » avril 2016 publié par l’institut d’aménagement et d’urbanisme.

Les exigences des touristes évoluent, en termes de confort, de qualité des sites, d’accès à des produits dérivés. Un besoin de terroir et d’authenticité mais aussi de connexion internet, d’outils numériques performants pour les visites, etc…

Corbigny ne veut plus flécher l’essentiel de ses crédits d’investissement sur l’abbaye, après avoir refait les toitures et l’aménagement du studio de danse. Les murs sont décrépis, le jardin en jachère, le système d’incendie n’est plus aux normes … mais il faut faire venir des touristes.

On va donc procéder par étape. Année après année.
Une saison divisée en deux : la basse-saison, l’abbaye sera tournée vers son territoire de proximité et accueillera les évènements de la vie locale, de la vie associative, des écoles, les artistes amateurs. Une haute-saison, où la priorité (mais pas l’exclusivité puisque ce sont aussi les mois des mariages) sera l’accueil des touristes.
La richesse de l’abbaye sont ses œuvres, la cible sera donc le patrimoine et les arts, plastiques et vivants. Une exposition temporaire d’été avec une communication élargie à toute la région, s’appuyant sur une œuvre censément attractive pour un large public connaisseur ou non, et la mise en valeur des oeuvres in situ. Un ou deux rendez-vous avec la Cie les alentours rêveurs, cie chorégraphique en résidence permanente à l’abbaye, qui danse dans les œuvres et les couloirs de l’abbaye. Le festival de La Transverse, lieu de création dédié aux arts de la rue lui aussi à Corbigny, permet de montrer, en septembre un spectacle de danse, en déambulation sur le site de l’abbaye.

Le fait que l’abbaye soit un lieu naturellement utilisé par les habitants depuis toujours, permet qu’il n’y ait pas cette peur d’en passer la porte, fréquente dans les lieux de culture, mais en même temps, la banalisation de cet espace en lieu « utilitaire » fait qu’il est, par exemple, mal fléché.
Le faire valoir comme lieu touristique peut lui redonner de la valeur aux yeux des utilisateurs. Le spectacle vivant et les expositions temporaires sont aussi de bons moyens de re-surprendre les habitués du lieu, les habitants qui « connaissent par coeur » l’abbaye.

Cela sera-t-il suffisant, en termes de transversalité ? Il demeure difficile de le présager…
Il faudrait aussi travailler sur un bien plus large territoire pour pouvoir faire des propositions cohérentes (ne pas se limiter au travail partagé avec l’office du tourisme de Corbigny), des circuits, des offres de type de celles des tours operator, très prisées aujourd’hui de séjours autour du bien-être (comme la danse et les techniques somatiques développées par les chorégraphes), de la pratique artistique (arts plastiques par exemple à destination des enfants, comme le développent les grands musées nationaux), …, et reverser les bénéfices de ces actions sur l’artistique, pour la production, la diffusion ou l’investissement ou l’aménagement du site, le tout sans perdre son âme.

Les participant-e-s à cet événement :

Participant Fonction Structure
Alejandro ALONSO Chargé de développement Petit 38
Pascal AUCLAIR Metteur en scène / consultant Fusées
Séverine BAILLY Chargée développement et accompagnement Paradox[a]
Gaël BLANCHARD Chargé de projets Le Lab - Liaisons arts bourgogne
Azzedine BOUDÈNE Chargé de production et de diffusion Cie Blabla Productions / Cie Vilcanota
Laurence CALABRESE Comédienne-conteuse L’Espigaou égaré
Marianne FILLOUX-VIGREUX Responsable en charge du développement l’Art en Sort
Thierry GOURMELEN Directeur artistique et exécutif La Galerie Chorégraphique
Emilie GRILLE Chargée de mission culture santé et numérique Syndicat Mixte du Parc naturel régional Livradois Forez - Formation Pays Vallée de la Dore
Agnès HOUART Directrice Abeicité
Barbara KILIAN Comédienne / Metteur en scène Cie Attrape Sourire
Sébastien KUHN Coordinateur Association Rudeboy Crew
Mathieu LAMBERT Directeur Le Garage Électrique
Clarissa MANINETTI Chargée de production Procédé Zèbre
Colyne MORANGE Directrice Stomach Company
Yves PIGNARD Directeur culturel - comédien - metteur en scène CCAB - Centre Culturel Associatif Beaujolais
Simon STENMANS Technicien du spectacle - régisseur - créateur lumières ChoréACtif
Sabine THUILIER Co-Directrice artistique PIXEL[13]
Sébastien TOUREILLE Programmation - administration - accompagnement d'artistes Demain - Dès l’Aube
Grégoire VICHÉ Musicien Cie Attrape Sourire
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