Atelier Pratiques de mutualisation

Partager des emplois et/ou du matériel technique : du pourquoi au comment ?

Porter seul des investissements et maintenir des emplois : challenge difficile ou mission impossible aujourd’hui pour les opérateurs culturels ? Et si, à plusieurs, la donne était différente ?
Prenons l’exemple des pratiques de mutualisation, des emplois et de matériel technique : comment les acteurs culturels en Massif central peuvent mettre en commun ces ressources, et à quelles échelles ? Est-ce une piste pour construire autrement ? S’agit-il d’une envie, d’une nécessité ou bien d’une obligation ?

Point d’étape sur ces usages : quels sont les acteurs publics/privés concernés et comment se faire accompagner dans cette démarche ? Quelles contraintes opérationnelles se posent ? Des solutions concrètes sont-elles possibles ?

Cet atelier interrogeait les pratiques de mutualisation sur les thématiques de l’emploi et du matériel mises en œuvre sur le territoire du Massif central.

Cet atelier s’appuyait sur des partages d’expériences mis en oeuvre par des acteurs et opérateurs culturels.

Du matériel technique à mettre en partage

Des pratiques de mutualisation de matériel technique afin de faciliter la création ou l’organisation de spectacles et d’événements culturels sont mises en œuvre à différentes échelles et selon diverses modalités.
Ainsi, le CDN et la Smac de Montluçon (03), le Cube (Hérisson) et d’autres acteurs sur ce territoire sont habitués à se rendre des services et à faciliter la circulation du matériel, généralement des mieux équipés vers les « plus petits ». Cette action solidaire et responsable est possible grâce à la bienveillance des techniciens et des acteurs qui donnent du temps et veillent au respect du matériel.

Céline Buvat, Chargée de mission culture Pays de Combrailles

A l’échelle du Pays des Combrailles (63), le Syndicat mixte d’aménagement du territoire a engagé une démarche de création d’un parc de matériel technique et scénique à l’échelle du Pays. Cette initiative accompagnée par LE TRANSFO appuyé par un régisseur technique concerne et implique plusieurs communautés de communes et associations culturelles de ce territoire très rural pénalisé par l’absence de prestataires à proximité.

Après une phase de recensement de l’existant, d’identification des besoins et de visites d’étude, un groupe constitué en mode recherche action travaille activement sur la mise en œuvre d’un projet structurant visant à mettre en œuvre un outil au service des opérateurs.
La réflexion autour de cet outil intègre différentes dimensions : culture, insertion et développement local.

David Farine, Directeur technique de l’Equipe Technik

Il possède a une solide expérience de pratique de mutualisation à différentes échelles. Il évoque différents endroits de coopération et de mutualisation et des outils pour faciliter la mise en œuvre des échanges.
Il existe des parcs départementaux (Lozère, Ardèche etc) ou régionaux (Alsace) qui facilitent l’accès à du matériel et/ou des prestations pour des opérateurs culturels ; et d’autres formes de mutualisation plus localisées et impliquant directement des opérateurs.

David Farine insiste sur la nécessité de former les utilisateurs afin d’éviter le gâchis et le sous-emploi. A travers l’association, L’équipe Technik a mis en place un process innovant basé sur l’optimisation de l’utilisation de matériel appartenant à des acteurs culturels implantés sur la région Bourgogne Franche Comté.

Proche des principes de l’économie collaborative, le « réseau technik » met dans le circuit de potentiels utilisateurs du matériel proche de chez eux qu’ils peuvent louer à un bon prix. Les propriétaires de matériel peuvent ainsi louer des éléments non utilisés en circuit court.

Cet outil et cette démarche innovante contribuent ainsi à créer de la richesse, à partager des savoir-faire et compétences, transmettre des savoirs, sans concurrencer les prestataires techniques implantés localement. L’équipe technique procède également au référencement des compétences technique sur le territoire.

David Farine mentionne également Artswap, une plateforme numérique d’échanges et de services et de matériel entre artistes mise en œuvre par le Lab (agence culture Bourgogne)

Consolider des emplois par la mutualisation

Partager des emplois pour diversifier les sources de financements et aller chercher de nouveaux partenaires, européens ou autres, c’est ce que font des opérateurs comme le CDN de Montluçon ou plus récemment le CLÉ (coopérative locale d’ébullition), des compagnies ou encore des collectifs.

Faire face à la combinaison : financements publics qui se raréfient et multiplication des acteurs et des projets nécessite de (ré)inventer des modalités
d’organisation alliant souplesse et efficacité. Des élus locaux présents sur l’atelier confirment que la recherche de mutualisation d’emplois pour ne
pas « trop peser » sur les dépenses publiques des collectivités est une tendance lourde.

Parmi les différents témoignages, « Mutic », le groupement d’employeur impulsé par le Damier, retient l’attention des participants. 8 employeurs émanant du cluster musiques et images basé à Clermont-Fd font appel à la salariée du GE (embauchée le 1 mars 2016) pour des « tâches administratives » : saisie comptable, préparation des fiches de paie, relances clients. Un montant forfaitaire est facturé aux utilisateurs.
Ce groupement d’employeur donne satisfaction à l’ensemble des 8 employeurs. Nathalie Miel, Directrice du Damier précise que tous les postes ne sont pas « mutualisables ». En l’occurrence, la fonction support – administratif – est facilement partageable.

C’est moins évident pour d’autres fonctions comme la recherche de dates, la commercialisation ou des activités multiples. Très développés dans le sport, les groupements d’employeurs séduisent aujourd’hui le secteur culturel (voir article sur Opale)

Des points de vigilance à observer

En 2009, le réseau Avant-Mardi (Midi-Pyrénées) identifiait 3 types de mutualisations, analysées au regard du timing de leur mise en œuvre :

  • La mutualisation « secours » qui répond à l’urgence du maintien d’un poste. Elle est davantage une mutualisation d’opportunité qu’un processusissu d’une réflexion sur le projet,
  • La mutualisation « fusion » : les personnes se connaissent déjà, ont des affinités de fonctionnement, une relation de confiance. La mutualisation formalise ou accélère un rapprochement qui se serait opéré de toute façon
  • La mutualisation « projets » : deux structures trouvent un intérêt commun, en terme de maintien ou développement de postes, à se rapprocher au travers de la mutualisation. Les postes correspondent à la stratégie de chacun, la mutualisation permet à moindre coût de prendre le risque du développement d’une activité

Enfin, face à la mutualisation s’oppose le concept de démutualisation, (demutualization), procédé par lequel des organisations qui ont pour objet ou pour habitude la coopération se transforment en sociétés par action.

Cette observation concerne principalement les mutuelles et coopératives agricoles. Enfin, petit retour en arrière avec la promulgation de loi Le Chapelier de 1791 interdisant la formation de tout groupement professionnel, de toute corporation dans le but de protéger la liberté d’entreprendre ; Cette loi interdira de fait de pouvoir créer un syndicat et le droit de grève, considérant que c’est aux pouvoirs publics de gérer ces risques sociaux en les qualifiant de « dettes sacrées ». Le principe de solidarité sociale créé dans la déclaration des droits de l’homme de 1793 ne sera appliqué qu’un siècle plus tard, en Allemagne en 1880 sous le gouvernement de Otto Von Bismarck.

Fort heureusement, nous sommes en 2016, et la chaleur devenant plus que tropicale ; fatale pour l’environnement windows de la médiathèque de Cosne d’Allier ; cet atelier s’achève dans la joie et la bonne humeur ; succomber à l’appel des hérissons et des boissons fraiches devenant un délicieux supplice.

Les participant-e-s à cet événement :

Participant Fonction Structure
Maïanne BARTHÈS Metteuse en scène / Comédienne Compagnie Spell Mistake(s)
Marie CHATAIGNIER Chorégraphe - artiste chorégraphique Compagnie Les Mobilettes
Sabine DAUCHAT Chargée de mission spectacle vivant Département de l’Ardèche
Alban DE TOURNADRE Artiste Vitesse de Chûte
Aurélia DELESCLUSE Chargée de production Cie Raoul Lambert / Collectif La Basse Cour
Mylène DENNERY Médiatrice artistique, culturelle et territoriale Le 109
Amélie DUBOSC Chargée de communication et de l'action culturelle Regards et Mouvements / Pontempeyrat hors les murs
Frederic KÙNZE Régisseur Les Affranchis
Muriel MAUCONDUIT Chargée de diffusion Compagnie Mercimonchou
Nathalie MIEL Directrice Le DAMIER
Bertrand MOUGEOT Développeur d'artistes - Direction - Booking Limouzart Productions
Delphine MOYAT Chargée de diffusion Miressance
Elisabetta SPADARO Chargée de diffusion et de communication AToU / Anan Atoyama
Julie THOZET Chargée de l'information et la communication Le Lab
Jean-Charles THUAULT Chargé de diffusion Projet D
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