Atelier Lieux intermédiaires

Lieux de fabrique / Tiers lieux : des espaces ressources qui redonnent confiance ?

Lors des rencontres DAV #4 de 2013 à Tulle, un premier atelier sur cette thématique avait été proposé. A cette occasion, Jérôme Impellizzizeri, élu référent en région IDF avait présenté le programme « Les Fabriques de culture » (soutien à une trentaine de lieux).

De cet atelier étaient ressorti 2 principes :

  • Ne pas opposer lieux dits « institutionnels » et lieux dits « alternatifs » et au contraire considérer la complémentarité entre ces 2 modèles comme un plus pour l’écosystème.
  • Soutenir des espaces de création dédiés à l’expérimentation et à l’innovation.

Philippe Henry, maître de conférence en études théâtrales à l’université Paris 8 / Saint-Denis a produit de nombreux écrits sur les fabriques artistiques et friches culturelles. En mai dernier au forum Entredans la culture / Dgmic – Philippe Henry, au sujet du développement des projets artistique évoque la dualité entre le darwinisme social (sélection naturelle avec la complicité des financeurs) et ce qu’il nomme sélectivité coopérative des savoir faire et des compétences / mobilisant des ressources. Cette option fait référence à des endroits comme les fabriques culturelles, les CAE (coopératives d’activité et d’emploi), les groupements d’employeurs ou encore les SCIC qu’il décrit comme des lieux de partage de stratégies ou aux compétences artistiques s’additionnent des articulations de compétences autres pouvant être techniques, administratives, commerciales.

Ces articulations de compétences contribueraient à faire évoluer les projets dans un climat de confiance.

Repères historiques

Années 70 Philippe Henry, dans un texte publié en 2013, revient sur l’historique de la création des fabriques, les premiers voyant le jour dans les pays nordiques dans les années 70 (le Melweg, Amsterdam). « Ces fabriques sont héritières des formes de contestation sociales et politiques des années 70, s’inscrivent dans les mouvements de contre-culture et souhaitent se différencier de la conception des pratiques artistiques dominantes et des « mondes institués de l’art » »

Années 80 : En France, ces types de lieux émergent dès le milieu des années 80 avec Le Confort Moderne à Poitiers (1985) et une multitude de lieux essentiellement en milieu urbain à partir des années 90 (La Belle de Mai à Marseille 1992, Mains d’œuvre à St Ouen 1999 etc …). Ces lieux prennent naissance en lieu et place d’anciens symboles de l’ère industrielle (Valéo, LU, Casernes militaires , Manufactures des Tabacs, Confort 2000, etc)

Années 2000 : 2001 marque une accélération avec le rapport Lextrait (15 monographies et 17 fiches d’expérience) remis à Michel Duffour alors « Secrétaire d’État au Patrimoine et à la Décentralisation Culturelle ». Ces organisations recherchent une adéquation entre les équipements, les équipes et les projets artistiques explorent des modes de décision plus collectifs basés sur des directions collégiales, des régies mutualisées ou des principes d’autogestion.

Un programme de soutien interministériel à destination des « lieux intermédiaires » est mis en place à la suite de cette étude.

Années 2010 : La dimension sociale et de proximité s’affiche progressivement dans ces lieux qui s’inscrivent dans des dynamiques territoriales et mettent en œuvre des actions avec les habitants au plus près des territoires.
En 2016, les lieux de fabrique et tiers lieux culturels sont nombreux sur l’Espace Massif central, particulièrement en milieu rural. Hors musique et arts plastiques, sur les 25 lieux de cette nature identifiés sur la région Auvergne, 15 se situent en milieu rural.

Pour explorer la thématique et échanger avec les participants, 4 dimensions sont évoquées : la rapport à l’artistique, le rapport au territoire, le rapport à l’économique, le rapport à l’innovation.

1. Un rapport à l’artistique

Artistes et équipes artistiques viennent chercher compétences techniques, de la confiance dans ces « abris pour la création » :

On a besoin de lieux pour tester des choses en début de projet. On choisit le lieu en fonction de ce que l’on recherche pour les différentes étapes de la création (immersion/confrontation). Chaque lieu a sa diversité et souvent c’est une équipe artistique qui en est le cœur. Ces lieux partent d’endroits et d’intentions différentes ; Ces lieux sont des abris de production, ils permettent de remettre les artistes au travail ; La bienveillance et le rapport à l’humain sont importants dans le choix du lieu.

Ces lieux offrent du temps de travail, une accessibilité, et une rencontre avec le territoire via le public. ; Le phénomène d’ascenseur dans la création (création, résidence, diffusion) se grippe sans ces lieux intermédiaires. Ils permettent une visibilité ; Les lieux et liens qui se créent permettent de changer de regard et d’évoluer dans le processus de création. ; L’embryon c’est le projet artistique, il se nourrit du territoire et fait chemin vers le politique.

2. Un rapport au territoire

L’inscription dans un environnement / écosystème globalisé fait sens ; les partenariats sont nombreux avec les acteurs locaux quels qu’ils soient ; les échanges sont nombreux et riches.

Ces lieux créent de vraies dynamiques sur les territoires, ils sont au cœur de la vie locale ; Il s’agit de lieux d’expérimentation sociale et de transversalités ; La recomposition des territoires ruraux avec l’arrivée de nouveaux arrivants a facilité la mise en œuvre de ce genre de projets ; Des complémentarité avec les grosses structures plus soutenues doivent être facilitées ; Au départ, la population du village s’est mobilisée pour éviter la fermeture d’une classe ; 10 ans plus tard, cette mobilisation a généré un tiers lieu qui totalise plus de 600 adhérents, emploie 5 personnes et touche plus de 60 communes.

Ces lieux éprouvent parfois des difficultés à nouer un bon niveau d’échange / dialogue avec les élus, car ils se sont construits parallèlement aux politiques culturelles et intègrent de multiples dimensions (artistiques, de territoire, économique et sociale) et s’inscrivent dans des processus d’expérimentions.

La Fédération des Arts de la rue et le Synavi (syndicat national des arts vivants) ont fortement milité pour la reconnaissance de la fonction de ces lieux. Le département de la Drôme est également très actif sur ces questions.

3. Un rapport à l’économique

Le modèle économique complexe, généralement basé sur le couplage d’une économie d’échange réciprocitaire (bénévolat, échanges non-monétarisés) et d’une logique redistributive (aide et subventions publiques). Ces types de lieux créent de l’emploi direct (salariés de la structure, intermittents) et indirects (prestataires de service, commerces, etc). Ils peuvent avoir un effet d’entrainement sur d’autres secteurs d’activité comme le tourisme et contribuent à la (re)dynamisation du tissu économique local par la création d’activité et de valeur.

De l’argent est généré, c’est indéniable. Il faut qu’on puisse mieux l’expliquer, avec plus de précision et pas uniquement en période de crise ; ces lieux évoluent dans une dynamique d’entreprenariat ; Le ministère de la culture, via la DGCA (direction générale de la création artistique) s’intéresse aujourd’hui à ce type de lieux avec la mise en place d’un nouveau dispositif / label : ateliers de fabriques artistiques ; Il est important que les initiatives privées et collectives soient prises en considération, légitimées ; Les lieux de diffusion ne suffisent pas à répondre à l’ensemble de l’activité ; Il est souvent difficile de trouver la viabilité économique ; Les fabriques artistiques et tiers-lieux culturels participent à la reconstruction de solidarités ; Sur certains territoires, des initiatives de ce genre se terminent par manque de moyens financiers et/ou de soutien politique ; Le modèle économique complexe des fabriques repose sur la réciprocité, il faut apprendre à faire valoir des dimensions autres que monétaires.

4. Un rapport à l’innovation

Ces lieux innovent, expérimentent, prennent des risques pour faire exister leur activité et la développer. Ils permettent à des personnes (artistes, techniciens, stagiaires, bénévoles) de monter en compétence. Bon nombre d’entre eux s’inscrivent dans des logiques de transversalité.

Aujourd’hui il faut générer plus de lien social et d’économie ; On y développe de l’expérimentation artistique mais également sociale, environnementale ; L’artistique est forcément social puisqu’il va vers les gens ; Ces lieux participent à trouver un endroit de dialogue de pédagogie et d’échange, de la matière se créée pour échanger ; ce sont avant tout des lieux de soutien aux expérimentations ; il faudrait une reconnaissance d’utilité publique.

Pour aller plus loin

Cette thématique est aujourd’hui un sujet qu’il faut faire avancer sur le territoire Massif central. De nombreux opérateurs qui se sentent isolés sur leur territoire souhaitent partager, échanger, faire connaître leurs lieux, découvrir les autres fabriques. L’interconnaissance est une force, surtout en cette période.

Trois actions concrètes sont proposées :

  • Organisation de visite des fabriques : facilitation de la découverte de ces lieux sur le territoire + valorisation sous différentes formes (site DAV etc)
  • Organisation de temps de rencontres (formelles ou informelles) sur ce sujet avec notamment des élus
  • Production d’éléments d’observation et de connaissance sur ces lieux (cartographies, fiches techniques, études, etc)

Un groupe de travail se forme à l’issue de la rencontre. Il est piloté par Claudine Bocher du Cube

Des études / recensements en cours

Pour les structures (tiers-lieux, lieux de fabrique) situées en Auvergne, un panorama est en cours de réalisation ; Un questionnaire peut être renseigné (lien 1 / lien 2)

Créée à Mantes-La-Jolie en 2104, la Coordination Nationale des Lieux Intermédiaires et Indépendants, organisait en mai 2016 une rencontre / forum à Lyon, un compte-rendu est accessible en ligne.

En Rhône-Alpes, un groupe de travail « lieu de fabrique artistique partagé » qui regroupe des acteurs de la Fédération des arts de la rue Rhône-Alpes et le réseau Arts Vifs (réseau de compagnies) a engagé un travail de recensement.

Quelques ressources

Les participant-e-s à cet événement :

Participant Fonction Structure
Catherine AUROY Coordinatrice artistique La Cour des Trois Coquins
Marie-Véronique BERTHARION Formatrice Association D’Art en Art
Claudine BOCHER Directrice de théâtre Cie La Belle Meunière / Le Cube
Azzedine BOUDÈNE Chargé de production et de diffusion Cie Blabla Productions / Cie Vilcanota
Estelle BOURDIER Stagiaire LE TRANSFO
Hada BOURZAMA Fonctionnaire Ville de Clermont-Ferrand / Direction de la Culture
Sophie CONTAL Chargée de développement culturel La Passerelle - Communauté de communes du Pays de Menat
Laetitia COQUELIN Consultante RH Alter Ergos
Cyril CRÉPET Programmateur artistique Boom’structur
Nathalie DARRASSE Chargée de mission Médiathèque - Tiers Lieu - La Licorne
Sabine DAUCHAT Chargée de mission spectacle vivant Département de l’Ardèche
Anne DE BOISSY Comédienne Les Trois-Huit - Compagnie de théâtre
Benoît DELEPELAIRE Chargé de projets Le Lab
Amélie DUBOSC Chargée de communication et de l'action culturelle Regards et Mouvements / Pontempeyrat hors les murs
Françoise DUBOSCLARD Chargée de mission livre / lecture et politiques territoriales LE TRANSFO
Jean-François FAVREAU Comédien - metteur en scène Site de pratiques théâtrales Lavauzelle - Cie L’Homme Ivre
Marianne FILLOUX-VIGREUX Responsable en charge du développement l’Art en Sort
Barbara KILIAN Comédienne / Metteur en scène Cie Attrape Sourire
Mathieu LAMBERT Directeur Le Garage Électrique
Jean-Louis MERCUZOT Metteur en scène Cie l’Eygurande - La Cité du Verbe
Séverine PAROUTY Chorégraphe interprète Compagnie Faux Mouvement
Maud PASCHAL Directrice Le Périscope
Anne-Sophie RICOU Déléguée culture-éducation - jeunesse Ligue de l’enseignement du Puy-de-Dôme - FAL 63
Isabelle ROY Agent artistique Thermostat7
Martine SABATIER Chargée de mission Le TRANSFO
Elisabetta SPADARO Chargée de diffusion et de communication AToU / Anan Atoyama
Jean-Charles THUAULT Chargé de diffusion Projet D
Sébastien TOUREILLE Programmation - administration - accompagnement d'artistes Demain - Dès l’Aube
Karine VALERO Opératrice culturelle Kavale des Corbières
Solenne WASZAK Chargée du développement culturel territorial Conseil départemental du Puy de Dôme
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